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Nous partageons tous la même planète… et pourtant…

Nous partageons tous la même planète… et pourtant…

S’il est évident que nous partageons tous la même planète, le simple fait de devoir le souligner pointe du doigt la regrettable vérité : nous l’oublions trop souvent.

© Comfreak www.pixabay.com

Nous sommes tous les habitants de cette bulle de vie au milieu du gigantisme. Avec chacun nos particularités, nous n’en sommes pas moins, tous, des êtres humains soumis aux mêmes lois du vivant et de la planète que nous peuplons. Nous avons tous les mêmes droits éthiques, issus de la « Déclaration Universelle des Droits de L’homme ». Nous avons tous les mêmes devoirs envers la vie, les autres et nous-même.

Cependant, nous ne cessons de nous déchirer, nous ne cessons de nous opposer les uns aux autres. Comme le dit Antoine de Saint-Exupéry, « Pourquoi nous haïr ? Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d’un même navire. »

Apparait-il possible alors d’ouvrir une voie vers la paix, vers l’émerveillement et l’enchantement chers à Pierre Rabhi ?

Intrinsèquement semblables…

Que nous vivions dans les îles chaudes du Pacifique, sur les hauts plateaux tibétains ou dans les grandes plaines d’Afrique, nous sommes tous soumis aux mêmes contraintes physiologiques, et devons assouvir les trois fonctions fondamentales : se nourrir, se défendre et se reproduire. 

Nous sommes tous des organismes incarnés, animés par une âme, et un esprit, une intelligence, qui aspirent universellement aux mêmes quêtes de bonheur et d’Amour, aux quatre coins de la planète.

Chacun de nous vient au monde chargé de sa culture, de son environnement, de son milieu social, etc. À notre naissance, notre psyché n’est pas immaculée, mais bel et bien marquée du sceau de notre histoire familiale et culturelle. Depuis le début de l’histoire de l’humanité, les différentes régions du monde ont façonné les hommes qu’elles ont accueillis. Ces hommes ont alors érigé autour de leur groupe des croyances, des morales, des cultures pour bâtir leur identité, et leur appartenance à la communauté. Cette appartenance au groupe est indispensable aux hommes pour qu’ils puissent se construire de façon sereine et sécurisante. Nous parlons de racines, qui s’expriment tels des tuteurs, le long desquels les hommes vont pouvoir vivre et se développer, et par lesquels ils seront guidés.

… avec des dissemblances

Ces racines sont différentes pour chaque groupe d’humains, et font émerger des points de vue très divers sur la vie et l’organisation du monde. 

Cette diversité culturelle, qui s’exprime à plusieurs échelles, est une immense richesse ; elle représente le trésor de l’humanité, telles les facettes parfaites d’un diamant poli. Chaque facette isolément est une merveille, qui est transcendée dès lors qu’elle est observée au milieu des autres.

Cette diversité culturelle, si elle est une richesse, a cependant dérivé et fait émerger des sectarismes prononcés, et des rejets plus ou moins marqués par les hommes. Chacun, imprégné de son acquis, condamne, juge, et rejette celui qui n’a pas les mêmes imprégnations originelles, celui qui est différent…

De là naissent alors le repli identitaire, le communautarisme et toutes leurs dérives violentes et intolérantes. C’est à partir de là que l’homme oublie que « nous partageons tous la même planète ». Il va condamner l’autre, et faire de la lutte contre ses idéaux qu’il juge mauvais le combat de toute une vie. Chacun veut imposer à l’autre sa croyance, le convertir, l’asservir et le dominer, par peur de ne plus exister, niant ainsi la connexion originelle qui le lie à tous et au Tout. Mais est-il si important au fond que l’autre ait les mêmes idées que moi pour qu’il soit mon ami ? Suis-je obligé de condamner l’autre parce que son point de vue ne correspond pas au mien ? Suis-je obligé de forcer l’autre à penser comme moi pour le laisser exister ?

Vers un ego « solidaire », et non « solitaire »

L’homme est tripartite : un corps, un esprit et une âme. Le corps enveloppe l’esprit, qui lui-même enveloppe l’âme. 

L’une des composantes de l’esprit est l’ego, qui désigne la représentation de la conscience de soi et constitue le fondement de la personnalité. Un ego sain et structuré accompagne l’homme vers l’harmonie, la bienveillance et la paix intérieure. Malheureusement, l’ego est trop souvent écorché ou souffrant. Alors, il étouffe l’expression intime de l’âme, et guide les interventions de l’homme vers des mécanismes de replis sur soi et de peur. Et loin de prendre conscience de son lien avec les autres, l’homme s’en coupe et oublie que « nous partageons tous la même planète ». 

L’ego et ses souffrances enveloppent l’âme, et selon les « couches » plus ou moins épaisses qui le composent, il sera plus ou moins en mesure de l’asphyxier. Alors, la peur remplace l’Amour et les hommes se scindent.

L’ego ne vise que son but, sans se soucier du chemin. Pourtant, sur ce chemin, l’ego va couper les liens de l’homme aux autres, et l’isoler. L’expression de l’être profond lié au Tout, celui qui sait et vit que « nous partageons tous la même planète » est inhibé par un ego narcissique « destructeur de connexions ». L’ego accompagne les actions de chacun vers l’incohérence et l’irresponsabilité, et nie le fait que nous sommes tous liés.

Pourtant, Victor Hugo a écrit : « Rien n’est solitaire, tout est solidaire. »

L’éducation pour apprendre à ouvrir son coeur…

Le monde de demain s’écrit aujourd’hui. Des actions de plus en plus nombreuses menées à travers le monde en faveur de l’éducation montrent que l’homme prend progressivement conscience de l’imbrication très forte qui existe entre la misère du corps et celle de l’esprit. L’illettrisme, par exemple, n’est jamais dissociable de l’assujettissement et de l’avilissement de l’homme à sa culture, à son milieu, ou même aux autres hommes.

Einstein a écrit : « Nous passons quinze ans à l’école et pas une fois, on nous apprend la confiance en soi, la passion, et l’amour qui sont les fondements de la vie. » L’école d’aujourd’hui explique à ses élèves comment se couper des autres. Elle leur impose de travailler seuls, isolés, sans demander ni apporter d’aide à son voisin sous peine de sanction et de jugement. Elle apprend la compétitivité, mais pas le dépassement, elle apprend à être meilleur que les autres mais pas meilleur que soi-même. 

L’école apprend le jugement. Et comme le dit Boris Cyrulnik, « le jugement dissout les liens sociaux ». Une réflexion est menée depuis quelque temps sur les notes qui sanctionnent, et qui devraient être remplacées par des couleurs. Mais quelle est la différence entre une mauvaise note et la couleur rouge ? La signification est la même. L’école cherche à éviter de mettre les élèves en situation d’échec. Mais seul l’échec construit !

Plutôt que de vouloir nier l’échec, et de le juger, plutôt que de condamner l’élève qui n’a pas acquis la connaissance ou la compétence, pourquoi ne pourrions-nous pas le mettre face à son échec, sans le juger, simplement en lui donnant les outils pour qu’il le positive et lui permette de s’enrichir. Alors, l’enfant ne ressentira pas la honte de son échec que lui offre aujourd’hui l’école, honte qui blesse son ego et le coupe des autres. Pourquoi ne pas le mettre face à son échec avec bienveillance, et le lui faire assumer ? Alors il mettra en place des systèmes pour le résoudre, accompagné par ses éducateurs, qui ne devraient être là que pour le guider, non pour le sanctionner… L’élève prendra alors conscience qu’il n’est ni jugé, ni seul, et ses liens vitaux aux autres se renforceront. Il vivra plus que jamais intensément le fait que « nous partageons tous la même planète ».

La laïcité : l’acceptation de toutes les religions

Une autre arme de destructions des liens unissant les jeunes aux autres et au reste du monde, est la laïcité, si chère à nos sociétés contemporaines. 

La laïcité, qui à l’origine scelle une démarche d’acceptation de tous les cultes, observe aujourd’hui l’effet inverse. Au lieu d’unifier, elle divise. Elle nie les religions, veut les étouffer, les condamne, les rejette. Et dans la mesure où la religion signe une partie de l’identité, la laïcité en tant que rejet, aujourd’hui blesse l’ego, l’agresse, d’où toutes ces tensions autour d’elle.

Par le rejet des signes religieux dans les écoles, par la suggestion de ne plus installer de crèches pour les fêtes de Noël, ou encore de renommer les vacances scolaires, l’on enseigne à nos jeunes, au nom de la laïcité, à bannir l’autre et sa différence, à le nier dans sa vérité profonde. On coupe chacun de l’autre, on répudie ses liens à l’autre.

Vers une école de l’Amour

L’école ne devrait-elle pas plutôt enseigner le respect et l’acceptation de la différence ? Ne devrait-elle pas mettre en valeur la richesse de la diversité ? Ne devrait-elle pas renforcer le lien de chacun aux autres au lieu de le couper ?

L’école ne devrait-elle pas être le lieu où l’on guide les jeunes vers la découverte d’eux-mêmes, de ce qu’ils sont fondamentalement, où on mettrait en valeur que l’Amour dont ils sont tous bâtis et le lien qui les unit aux autres est le « fondement même de la vie. » ?         Peut-être qu’un nouvel enseignement devrait mettre l’accent sur le « développement harmonieux » de l’être, cher à Einstein, qui permettrait à chacun de renforcer son lien aux autres et au Tout ? Ne devrions-nous pas arrêter de fermer nos jeunes aux difficultés qu’ils rencontrent, mais plutôt les accompagner dans une démarche de responsabilisation, pour les aider à vivre leurs difficultés, à les assumer et à trouver une aide dans l’autre. Ainsi, ils garderaient à l’esprit constamment que « nous partageons tous la même planète ».

Texte rédigé par Emmanuelle Salesse.

Emmanuelle Salesse

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